La croisade chinoise de Donald Trump. La lettre d’Ecofi Investissements

28/03/2018

Quiconque est familier avec l’histoire des relations économiques internationales sait qu’il n’est jamais trop bon de dégager d’énormes excédents commerciaux vis-à-vis des Etats-Unis sans s’attirer des mesures de représailles.

 

L’Allemagne, dans les années 1970, et le Japon, dans les années 1980, peuvent facilement en témoigner. C’est désormais la Chine, coupable aux yeux de Washington d’avoir réalisé 505,6 milliards de dollars d’importations aux Etats-Unis contre seulement 130,4 milliards d’exportations américaines vers la Chine, de s’attirer les foudres de l’Administration Trump. Ce déséquilibre commercial a conduit le Président américain à relever de 25% les droits d’importation sur certains produits chinois pour un montant total de 60 milliards de dollars. Mais contrairement à l’Allemagne et au Japon, deux pays vaincus de la Seconde guerre mondiale et occupés militairement par les Etats- Unis, la Chine dispose de mesures de rétorsion qu’elle entend actionner pour défendre ses intérêts.

 

Ainsi, dans un contexte de hausse de la volatilité (+9 points, à 24,9% pour l’indice VIX), le spectre d’une guerre commerciale entre les deux premières puissances mondiales, renforcé par la nomination de John Bolton comme conseiller à la sécurité nationale, a fait plonger fortement les marchés financiers. Tous les indices américains ont connu de forts dégagements sur la semaine (Dow Jones : -5,7% ; S&P 500 : -5,95% ; Nasdaq 100 : -7,3%), entraînant dans leur chute le reste des places financières : -4,05% pour la zone Euro (EuroStoxx 50) ; -3,4% pour la Grande-Bretagne (FTSE 100) ;-5,1% pour le Japon (Nikkei 225) et -3,7% pour la Chine (CSI 300).

 

A l’évidence, les investisseurs semblent donc ne pas croire en l’assertion du Président Trump selon laquelle « Les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner. » Dans ce contexte, le secteur de la technologie a particuliè- rement souffert, pénalisé par le scandale que doit affronter Facebook (-7,6% sur la semaine) après les révélations du Guardian et du New York Times sur l’utilisation frauduleuse de données personnelles de près de 50 millions d’Américains par l’entreprise Cambridge Analytica.

 

Ce climat a pesé sur le moral des investisseurs, surtout que les enquêtes n’ont pas aidé. L’indice des surprises économiques s’est ainsi détérioré, notamment dans la zone Euro, ce qui a conduit les investisseurs à rechercher les obligations souveraines au détriment des actions. Pourtant, aux Etats-Unis, encouragée par des perspectives économiques solides, la Réserve Fédérale (Fed) a relevé, comme attendu, ses taux directeurs de 25 points de base pour les porter à 1,50-1,75%. La hausse des rendements suite aux commentaires positifs de la Fed a été effacée par les craintes d’une guerre commerciale. Au final, sur la semaine, les taux sont restés proches de leur niveau de la semaine précédente. En Europe, le renversement des enquêtes d’activité, à l’image de la nouvelle baisse de l’indice Ifo en Allemagne ou de celle de l’enquête PMI composite (-1,8 point en mars, à 55,3 points, soit un plus bas de 14 mois) a contribué à polluer l’ambiance. Le recul des rendements des taux longs (-4 points de base, à 0,53% pour le 10 ans allemand ; -7 points de base, à 0,76% pour le taux à 10 ans français) a pénalisé le secteur bancaire.

 

Sur la scène des changes, les commentaires positifs de la Fed auraient dû soutenir le dollar. En effet, l’Institution monétaire américaine a relevé à la hausse ses prévisions de croissance et d’inflation pour les années 2018 à 2020. Pourtant, sur la semaine, son taux de change effectif a cédé 0,9% contre toutes les monnaies. En progression de 1,42%, la livre sterling a réalisé la meilleure performance de la semaine, encouragée par les perspectives de relèvement de son rendement en mai comme cela transparaît dans le compte rendu de la dernière réunion de la Banque d’Angleterre. En hausse de 0,5%, l’euro se hisse à 1,24 dollar. Les monnaies liées aux matières premières ont profité de l’envolée du pétrole (+6,7%, à 69,9 dollars pour le Brent). 

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